Quant
à
l'Artillerie...
Car,
comme on a
pu
l'entrevoir des comptes rendus et notes qui ont
précédé, l'autogire va
enthousiasmer
les officiers d'artillerie, à commencer par
leurs
chefs.
Les
résultats dégagés par
l'armée de terre, et en particulier les artilleurs, semblent
avoir été assez
différents
de ceux de l'armée de l'air.
Des
manoeuvres de
septembre 1937, avec essai du poste radio ER40 du Commandant DURAND,
il
sera
tiré les conclusions suivantes (je cite Jacques MOULIN) :
1) Pendant
plusieurs jours de très mauvais temps, l'autogire a
été le seul à pouvoir
effectuer des missions
aériennes et a pu effectuer toutes
les
missions
demandées.
2)
Pendant
ces missions, il a remplacé à la fois le ballon
et
l'avion déficients.
3)
Grâce
à
l'excellente liaison radiophonique bilatérale
(portée 15 km) (et
éventuellement
davantage :
on a atteint 47
km)
permise par le poste radio créé par le Commandant
Durand,
il a été possible,
l'autogire étant en l'air, de modifier les missions en cours
d'exécution, ce
qui a été particulièrement
apprécié
par le commandement de la guerre.
4) L'autogire
a toujours pu atterrir à proximité du PC pour lui
fournir, à pied d'oeuvre et
sans délai,
les renseignements demandés.
5) Malgré
la
virtuosité particulière du pilote (Adjudant
Troyes), il
semble que les vols
effectués
seraient
possibles dans les mêmes
conditions,
qui sont les conditions
réelles de guerre,
avec
des pilotes moyens ayant le sens de
l'air (le rapport
ne mentionne pas la question des bords
d'attaque des pales, mais leur
protection contre la pluie devra être résolue par
LeO
dès que possible).
6) Les
missions effectuées étaient des missions de
reconnaissance, d'observation de
renseignement,
et auraient compris des réglages d'artillerie
en
cas de guerre.
Il y aurait même eu, à la suite d'une observation
de
l'autogire, provocation
par ce dernier d'un réglage d'artillerie.
7) La
chasse
adverse a bien tenté d'arrêter trois fois
l'autogire, mais
celui-ci, à chaque
fois, a pris le ralenti
et s'est tellement rapproché des
obstacles du sol que
les chasseurs ont été
considérés comme
neutralisés
(par la
DCA) sans avoir réussi leur
attaque.
L'autogire
n'a été neutralisé qu'une seule fois,
pour
s'être engagé trop loin au dessus
des lignes ennemies,
ce qu'il
ne doit
pas faire.
Toujours dans sa
conclusion générale Jacques MOULIN
écrit :
Les
résultats furent
les
suivants :
Pour
:
+
Possibilité d'observation par temps bouché.
+
Le vol en montagne est très facile et plus sûr
qu'avec un
avion.
+
L'observation
en mer, près des côtes, pour le
repérage des
sous-marins
et des mines
est très
efficace.
+
Les autogires peuvent se poser n'importe où et souvent
près des états-majors.
Cela permet des contacts plus faciles que par
téléphone
depuis les terrains
d'aviation.
Les autogires peuvent facilement décoller sur un
terrain de vingt
ou trente mètres de côté
à
condition de se
placer face au vent.
+
Les autogires, dans leur rôle d'observation en restant en
retrait
des lignes, ne sont pas
très faciles à abattre pour un
chasseur. La
défense des autogires
est de se poser
immédiatement ou d'évoluer
très
près des obstacles et du sol.
Les appareils effectuaient
leurs observations à environ 500
à 600
mètres d'altitude,
très exposés aux tirs venant du sol,
et presque
hors
d'atteinte par les avions
de chasse.
Contre
:
-
Les autogires auraient été mieux
acceptés par les
marins s'ils avaient pu se
poser sur les bâtiments,
le seul essai français
s'est
terminé par un accident
et jamais aucun autre essai n'est reproduit.
-
Impossibilité (du moins au début) de voler sous
la pluie,
la tranche des pales
résistaient mal aux chocs
répétés avec les
gouttes d'eau et s'usaient prématurément.
Par la suite, un revêtement avec un vernis
spécial
protègera les bords
d'attaque des pales, avec un certain succès.
(Ceci rappellera à beaucoup
d'entre nous le scotch des pales
d'Alouette II...
comme quoi...)
-
Le manque de possibilité de trafic radio : appareils lourds
et
de portée
limitée en phonie. Mais ces problèmes
sont les
mêmes pour les autogires que
pour les avions.
Avec un petit peu
d'imagination, je crois qu'on peut voir que nous ne sommes pas loin
d'un
appareil,
pas seulement de réglage d'artillerie, mais,
très certainement,
d'ALAT. Il n'aurait pas pu être armé,
mais il
aurait
sûrement pu rendre de
sacrés services à toutes les armes ... Cela fait
toujours
du bien de rêver ...
A la suite de ce
«don» à
l'artillerie, fut créé, début 1940,
à
Sommesous près de Châlons-sur-Marne,
région bien connue des artilleurs, le CIOAA, Centre
d'Instruction et
d'Observation Aérienne de l'Artillerie,
commandé
par un
artilleur, le Colonel
PREVOT. Les moniteurs et mécaniciens étaient de
l'armée de l'air
et vont
commencer à former une trentaine de pilotes. L'un d'eux
était le
Sous-Lieutenant PETITJEAN,
une des figures du début de
l'ALAT.
Mais mai 40 fut
vite là et ce fut la fin, triste fin des autogires.
Dans «
Regards sur le
passé » le Chef d'Escadrons JULLIARD fait dire au
Général LEJAY
qu'au début du
CPOA, à Finthen, il disposait de 2 autogires.
Personnellement,
gamin, j'en ai vu
voler un
en mai/juin 1946. Je ne sais si l'on s'en servait pour
l'observation,
seul le Général RAZY
serait encore capable de
donner la
précision. Je pense
plutôt qu'ils ont dû servir à
l'amusement
des
anciens pilotes d'autogire de
l'armée de l'air présents avant d'être
cassés.
Mon
père
écrira bien plus
tard :
«
En
1948 (je crois)
sur le
terrain de Wackernheim
(jouxtant Finthen), j'ai vu casser
le
dernier autogyre
(La
Cierva)qui avait été
ramené au CPOA. Aux
commandes : je ne suis pas sûr, est-ce
l'A.C. FORZY,
l'Adjt GODÉ
(ou
GOSSET) ? C'était
un ancien
pilote d'autogyre,
de ces autogyres qui avaient été
commandés
avant
guerre par l'Artillerie – mais
évidemment pilotés par l'Armée de
l'Air. »
Mon
père
avait approché de près les
autogires en 1938, lors de son stage de perfectionnement
d'observateur
à
Mailly. Bien que pilote d'avion et d'hélicoptère,
il
écrivait, toujours en 1989
:
« ...Je
crois toujours
à l'intérêt de
l'autogyre : économie, facilité d'emploi,
rendement...
...en 1955,
adjoint parisien
au
Général Commandant l'ALAT (LEJAY), j'avais eu
l'occasion
de
rencontrer souvent Monsieur LEPÈRE,
ancien proche collaborateur de la CIERVA
(ainsi
que
de Lioré et Olivier). Il aurait bien
voulu reprendre les études concernant l'autogyre.
Cela
m'avait
beaucoup intéressé
et j'avais essayé - en vain - d'intervenir à la DTIA
:
les
responsables ne voyaient que par
l'hélicoptère... »
Quand
on voit ce
qu'à l'heure
actuelle, des jeunes, et moins jeunes, font de l'autogire -dit de
loisir-,
allant jusqu'à réinventer la
«tête
sauteuse» du LeO C302, on se dit, qu'avec
les technologies actuelles,
il y aurait matière à
faire
là une «Jeep»
aérienne à 3 ou 4 places à la
disposition de toutes les unités,
à la condition
de ne
pas vouloir la
transformer en transport de troupe ou en char d'assaut volant.
Autogires
modernes

Les photos des LeO C30 proviennent
du
livre de Jacques MOULIN
|